INK

Théodora : Comment vas-tu ?

Béance : Je suis vivante.

Théodora : Comment vis-tu ?

Béance : Invisible. C'est toi ?

Théodora : C'est moi.

Béance : Je suis perdue.

Théodora : On l'est tous. Je suis seule à savoir pour nous deux aujourd'hui. Le plus souvent je me tais. Je vacille, je vais tomber.

ance : Quelque part, un compte à rebours a commencé. Je ne l'entends pas vraiment, mais je le sens partout, implacable, minutieux, des voix, des rires, de la musique, forte, elle me donne la main, un tintement de couteau sur un verre, Pierre, une usine, des jappements, un cri, des pleurs, Papa ? Maman ? Le piano, une pluie d'été, mes pieds nus dans la boue sous l'orage, dans la nuit, je cours, une robe, ma robe, rouge, je les vois, je te vois les yeux écarquillés ! Et puis j'oublie...

Théodora : Alors oui je vacille, je me défais.

Béance : Parfois se sont mes mains qui se souviennent. Qui voient.

Théodora : Tu sais ? Je suis allée te chercher dans la maison.

Béance : ...

Théodora : Dans le feu. Depuis le Jour J « Jour de pluie ». Depuis, ça me brûle le palais, la bouche, ça descend jusque mon ventre, en descendant, ce feu me consume à l'intérieur. Je ne t'ai pas trouvé dans la maison.

Béance : Je n'y étais pas.

Théodora : Souvent à cause du feu, je peux à peine respirer, j'ouvre grand ma bouche pour y arriver, j'avale de l'air à grandes goulées mais ça ne me soulage pas.

 

Extrait INK    ///  Création Compagnie O 2012-2013 ///